23/03/2007

Cachez cette misere que je ne saurai voir

C’est le genre d’histoires qui en disent long sur la force des préjugés qui se tapissent sous le vernis du politiquement correct. Les faits, rapportés par l’envoyée spéciale de Libération, se déroulent à Lesparre, en Gironde, petite ville en croissance, comme en témoigne son nouveau lotissement. Et dans celui-ci, une rue sans nom, à laquelle le conseil municipal décide de donner celui de l’Abbé-Pierre. C’était sans compter sur la fronde des habitants, qui refusent de voir le nom du fondateur d’Emmaüs intégré à l’adresse de leurs luxueux pavillons. Pour se justifier, ces derniers avancent que ce nom devrait être réservé aux « centres sociaux » ou aux « cités HLM », et mettent en avant le prix astronomique de leur nouveau domicile. Un investissement immobilier qui leur a précisément permis de se mettre « à l’abri » de la misère. Ce n’est pas pour que celle-ci les rattrape, même symboliquement.On voit bien dans cette histoire l’image que certains riches peuvent se faire des pauvres, et notamment des 3,2 millions de mal-logés de notre si prospère pays. « Cachez cette misère que je ne saurais voir », semblent-ils nous dire. « C’est que, vous savez, entre les traites de la piscine et les contorsions pour éviter de payer l’ISF, on n’a pas la tête à s’occuper des pauvres. » Loin des yeux, loin du coeur : ce proverbe semble décidément prendre un sens nouveau en ces temps de « séparatisme social » de la part des plus riches. Pour la petite histoire, le maire de Lesparre a finalement décidé de maintenir le nom initialement prévu pour la voie. C’est faire trop d’honneur à ces bourgeois, qui confirment ici le verdict de Jacques Brel à leur égard.WoWScrnShot_031407_182727 [800x600]

11:53 Écrit par Lal dans pauvreté | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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