29/01/2007

Douche collective ( souvenir du Val de Marne )

- Bonjour Messieurs, déshabillez-vous dans le vestiaire là et vous avez des douches dans le coin à gauche. Prenez bien le temps de vous doucher, vous frottez partout hein, surtout là où que c’est noir. Parce que là, de vous à moi, ça sent un peu le cheval mort depuis que vous êtes là dans cette pièce. A tout à l’heure.La grosse assistante sociale blonde avait une jupe en cuir très courte et des bottes en velours roses sur des bas résilles. Elle s’appelait Elise et était très belle, malgré la vulgarité inhérente à sa fonction.C’est une équipe du Samu Social, en maraude, qui nous avait aramassé ce soir là, Ahmed, Gilbert et moi. Et mon chien Olcon. Les quatre meilleurs potes de la dynastie de l’époque, même que moi j’ai fait un stage dans la légion étrangère et que Ahmed est arabe, ce qui permet de tisser rapidement des liens amicaux dans la rue, en hiver. Il faisait froid et on s’était serré les uns contre les autres dans le parking sous-terrain du Centre Commercial Créteil Soleil, mais sans aucune arrière pensée sexuelle d’aucune sorte, même sous-jacente. Juste pour la chaleur humaine un jour pluvieux, franchement. Ahmed et Gilbert n’ont eu aucune hésitation à se déshabiller comme ça pour aller prendre leur douche. C’est pas trop mon genre de regarder les corps des garçons, mais Gilbert il était salement amoché par la vie quand même. D’abord il était obèse, et ça les gens ils n’arrivent pas à comprendre que des mecs à la rue puissent avoir de la bedaine. N’importe quoi ! Ensuite Gilbert il avait des escarres un peu partout sur le corps, de haut en bas et d’est en ouest. « Zone localisée de souffrance ischémique de la peau et des tissus sous-jacents compris entre le plan du support sur lequel repose le patient et le plan osseux, soit entre deux plans durs. L'escarre a la forme d'un cône dont le sommet serait au niveau de la surface de la peau et sa base au niveau osseux. » Disons que c’était parfaitement dégueulasse comme corps humain. Ahmed lui il s’entretenait pas mal, il faisait des abdos le samedi matin et il avait gardé une certaine hygiène de vie. Mais comme il s’appelait Ahmed il était arabe de naissance, et dans la France de nos jours ça ne facilite par les choses, surtout pour un algérien.Moi je me suis méfié immédiatement des douches. Evidemment la douce Elise m’avait inspiré confiance, surtout à cause de ses seins maternels en formes de poires, mais les douches c’est tout un symbole quand même. Moi j’ai pensé tout de suite à Buchenwald ou Dachau. Je sais pas. Ca devait être dans mes gènes d’humain, ou un truc dans le genre. On a vite-fait de nous gazer dans les douches. On est à poil, on est coincé, surtout quand on est pauvre. Et puis moi j’ai pas envie de mourir tout de suite, c’est trop tôt – surtout à cause d’un gaz nazi dans un centre social d’urgence du Val de Marne. Alors je me suis assis sur un banc et puis j’ai chialé comme une femme, avec des gémissements parfaitement indignes de ma virilité.- Vas-y mon gars, vas-y mon petit Manu, pleure, pleure, comme ça tu pisseras moins… vas-y pleure Manu, comme ça tu pleures un peu pour nous aussi…. qu’il m’a dit le gros Gilbert, parfaitement à poil avec sa queue pendante et son morceau de savon à la main.Il était un peu demeuré comme ex-hippie ou soixante-huitard mal reconverti, mais il compensait par une gentillesse qui n’avait rien de maoïste ou de anarcho-syndicaliste, comme sa jeunesse pouvait le laisser présager. Donc il me donne une tape sur l’épaule, le vieux, mais à cause de son sexe, là, juste là, à portée de main, je suis un peu gêné, franchement…. Bon, alors je me suis déshabillé aussi pour prendre ma douche, mais je pleurais toujours.Gilbert qui était vraiment prévenant avec ses tatouages de motard sur le torse et l’avant-bras gauche a continué à me consoler, mais je l’ai envoyé chier parce qu’il commençait à bander. Ca ne se fait pas. Bon, alors on s’est lavé bien gentiment avec le savons publicitaire offert par la maison, on a frotté partout sur nos corps périssables, même dans les coins où c’est toujours un peu dégueulasse, comme le cou ou dans l’entre-couille, je me comprends. Une vraie misère hygiénique. Donc on frotte, on frotte, on frotte – et c’est peu dire.Ahmed se posait toujours des tas de questions existentielles : par exemple à propos de la colonisation française parfaitement nazie dans son pays de sauvages à pieds noirs il était perpétuellement dans l’expectative. Parfois aussi il pleurait, mais il buvait beaucoup aussi pour oublier son statut social d’arabe à part entière. On était très proche, en tant qu’amis. Alors du coup il vient me voir, mais il avait un peu honte quand même, malgré la taille de son pénis – qui n’avait pas servi depuis bien longtemps à part pour pisser du jaja – comme c’est la règle général chez les clochards et sdf… mais je me comprends…- Eh, Manu, eh… qu’il me dit… tu connais l’histoire de « Petit ours brun » ?- Qu’est-ce que tu racontes Ahmed ? « Petit ours brun » ? Non je ne connais pas… Ta gueule l’arabe !… que j’lui dis !- Eh bien, tu sais c’est le truc avec le petit ours qui doit prendre son bain. Il se déloque, il enlève ses fringues d’ours de la forêt, et puis il fait semblant de se laver le bâtard. Il referme la porte de la salle de bain et puis il fait du bruit dans l’eau avec sa patte mais il ne rentre pas dans l’eau…. Mais la maman ours l’attrape par la peau du cul, et lui regarde la crasse derrière les oreilles. Le truc qui ne trompe pas. Alors c’est un peu la honte pour « Petit ours brun ». La suite je m’en souviens pas trop. J’imagine que l’armée française débarque pour le coffrer le petit enculé de terroriste… comme toujours.- Calme-toi Ahmed, frotte là aussi… que je lui dis en lui désignant ses pieds parfaitement crasseux et répugnant…Ensuite on s’est rhabillé et puis on s’est présenté devant la belle Elise qui nous attendait dans une pièce adjacente assez sombre, avec des tas de fringues entassées. On a choisi soigneusement des vêtements qui correspondaient le mieux à nos personnalités propres. Avec Gilbert ça a été un peu compliqué, surtout quand il a expliqué à la grosse Elise qu’en tant que motard il devait porter un cuir. Elise lui a dit…- Mais Gilbert, enfin, vous n’avez pas de moto… vous vivez dans la rue, devant le Monoprix depuis dix ans…. Vous êtes plus connu que le maire dans cette foutue ville ! Alors n’allez pas me dire que vous avez une moto, c’est une foutaise de premier plan sinon !Gilbert n’a pas répondu. Pour tout dire il faisait la gueule. Ok, il n’avait pas de moto, mais c’est pas une raison pour tourner le couteau rouillé de la vie dans la plaie comme ça ! On a tous choisi de nouvelles fringues et après on était tout beau, surtout Ahmed, à cause du travail de ses parents : l’une des plus belles architectures corporelles de la Kabylie des années 70. Rien de moins ! Et c’est en esthète que je parle. Après Elise nous a foutu dehors, malgré sa jupe en cuir luisant qui était pleine de promesses sexuelles et maternelles tendres, chaudes et douces...indianfox

15:43 Écrit par Lal dans pauvreté | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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